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| 10/09/2002
Joel Tudor
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Passionné d’histoire du surf, longboarder au style incomparable, sa vie ressemble à un air de jazz, imprévisible et spontané. |
| Sur un vieil air de jazz... |
Une maison coincée dans un petit coin tranquille entre une sortie d’autoroute que personne n’emprunte, la maison de ses parents en vis-à-vis et une colline qui semble sans fin jusqu’à ce qu’elle se jette dans l’océan, voilà l’univers physique qui encadre Joel Tudor. Pur produit de La Jolla, bourgade au nord de San Diego, Joel, orange dans une main, quelques CD sous le bras, des Vans Slip On défoncées aux pieds, grimpe au volant de son 4x4 Toyota noir. Old Blue, une Chevy Bel Air de 1964, est garée devant la maison comme un totem, un emblème qui témoigne de son attachement pour une époque où le style était plus important que la rentabilité.
À 11 ans, il rencontre Donald Takayama. "Je savais qu’il faisait de bonnes planches", commente Joel, " mais je n’en avais jamais essayé." Ce que le légendaire goofy foot hawaiien vit en Joel ce jour-là, le monde ne tarda pas à la découvrir : un talent comme l’univers du surf n’en voit passer que tous les dix ans. Avec l’aplomb d’un adulte, Joel donne rendez-vous à Donald dans la semaine suivante. Alors qu’il ne rêvait que d’une planche neuve, Donald lui propose 4 planches par an. La carrière du jeune prodige vient de commencer.
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Un cursus scolaire prématurément écourté, Joel étudie, en revanche, de vieilles vidéos comme "Slippery When Wet" ou "The Golden Breed" ou encore la très classique "Endless Summer" où Lance Carson pulvérise des records de longueur sur le nose à Malibu. Plus il avance dans sa connaissance du surf des 60’s, plus il est convaincu du fait que le longboard est mort prématurément d’une mort qui n’a rien de naturelle. De vieilles photos jaunies, des films de surf presque oubliés prennent la place de tous les livres d’école et Game Boy réunis. Miky Dora, Lance Carson et Matt Kivlin deviennent ses références. Très vite il apprend à croiser ses pas à Malibu comme Da Cat lui-même et à tuber à Pipeline comme Gerry Lopez. "Je n’aime pas les étiquettes. Je ne suis pas du genre à sortir des clubs de golf parce que c’est trop gros ou trop petit ou trop ci ou trop ça. Je préfère surfer que de taper dans une foutue balle blanche."
Il est le premier à se désintéresser des longboards modernisés des 80’s et à faire le tour des "garage-sales" et des greniers à la recherche de vieilleries oubliées. Si les 60’s étaient si riches en ce qui concerne le style, c’est que les boards de l’époque imposaient une certaine emphase sur l’élégance plutôt que la radicalité.
Un jean ou un treillis trop fatigué, un T-shirt qui demande grâce, un air endormi que seule sa copine mannequin Dayze Shayne peut réveiller, pas un muscle qui ne dépasse l’autre mais pourtant une tonicité à faire pâlir n’importe quel surfer pro. Voilà Joel en deux coups de pinceau. Ajoutez à cela un style dégingandé et une obsession pour le jazz et vous obtenez un véritable creuset où le moderne et l’ancien se mélangent et s’entrechoquent : "Si seulement les gamins se rendaient compte qu’une grande partie de ce que le hip hop produit aujourd’hui trouve ses bases dans le Jazz. C’est pareil avec le surf. J’ai parfois l’impression qu’on me repasse un disque rayé qui est resté scotché sur un même morceau."
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Autrefois obsédé les hamburgers il a, depuis 4 ans, opté pour le végétarisme et plus récemment pour le "véganisme". "Tu es ce que ton colon renferme. Partant de ce principe, j’ai décidé de ne plus manger que de bonnes choses pour mon corps."
Le volant calé entre les deux genoux, Joel épluche son orange tout en racontant comment il s’est séparé de son shaper et mentor Donald Takayama. "Cela faisait douze ans que j’étais chez Hawaiian Pro Designs, Donald m’a beaucoup aidé." S’il semble ne reposer que sur des questions d’argent, le malaise entre le shaper/gourou et l’élève champion du monde est un peu plus profond. Le vieux conflit du maître et de l’élève. De l’élève qui veut s’émanciper de l’emprise du maître. "Donald ne comprend pas ce que je veux faire. Il est probablement le meilleur shaper de longboards à l’heure actuelle. Il a de la magie dans les mains, mais le longboard n’est qu’un outil pour un type de vague. Il n’est pas la réponse à toutes les situations. Quand c’est trop creux ou trop rapide, sortir un longboard cela équivaut à te battre avec un alligator. C’est pour cela que depuis deux/trois ans j’ai commencé à shaper des eggs."
D’abord amusé par l’engouement de Joel pour les hybrides et par le désir du gamin de tâter du rabot, Donald lui montre quelques trucs et lui laisse utiliser sa salle de shape. Mais les choses se corsent quand Joel essaie de convaincre Donald de le laisser shaper ses propres planches dans les locaux de HPD. Parallèlement, Joel avait demandé à Stu Kenson, son pote de longue date, de lui donner un coup de main sur ce projet. Quiproquo sur mésententes sur non-dit : le clash est inévitable.
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Joel prend la décision radicale de quitter Donald Takayama et de créer Joel Tudor Surfboards. "Je demeure sur ma théorie des 20. Si quelque chose n’a pas été pensé, il y a au moins 20 ans alors ce n’est pas bon... Je parle du surf bien sûr... Je n’ai fait que m’intéresser à une phase de l’histoire du surf que l’industrie a volontairement occulté parce qu’elle n’entrait pas dans son projet. Le passé du surf n’était pas vendeur. Seule la compétition et Kelly Slater faisaient vendre des T-shirts. Je suis content si j’ai pu aider à ce que les gamins entendent des rythmes différents."
Des titres : Avec ses dix années de carrière, Joel est le surfer qui a gagné le plus de compétition de toute l’industrie du surf. Jugez plutôt sur cet extrait :
- Quintuple vainqueur du Biarritz Surf Festival (de 1994 à 1998)
- Multiple vainqueur du Bud Tour (Tournée US)
- Champion du monde 98
- Trois fois vainqueur du Rabbit Kekai Toes On The Nose Longboard Classic
- Deux fois vainqueur du Noosa Festival en Australie
- Troisième du Quiksilver Tube Contest à Tavarua
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