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02/05/2008ITW Antoine Delpéro
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 02/05/2008 ITW Antoine Delpéro

Itinéraire d'un enfant gâté... et terriblement doué.
 
Antoine, avril 08, Guéthary
 
Flashback 90's : Plage du Prado, Marseille, un jour de janvier...

Jean-Robert Delpéro est à l'eau avec ses deux fils Antoine et Edouard, il fait beau et froid, une houle résiduelle de Mistral produit des simili-vagues qu'un playmobil pourrait à peine rider. Antoine, suffisamment gaillard à présent pour ramer et prendre ses vagues tout seul, se lève furtivement sur sa planche, court immédiatement se réfugier sur le nose, puis enchaîne encore quelques pas croisés...sur un clapot. Edouard, soudain propulsé par son papa sur une bombe de 27 cm, imite son aîné. Il se promène sur le tronc familial comme sur un paquebot et termine son noseriding dans le euh... disons « sable » du « Pwadow Beach ».

Du parking d'Epluchures Beach (la vague est pourrie mais elle possède plein de noms différents), ça donnait envie d'avoir 6 ou 11 ans et un papa surfer comme Jean-Robert.
 
1998, au Prado, Marseille
 
Antoine, car c'est de lui qu'il s'agit, a construit les bases fluides de son surf dans les rougnes du susnommé Prado (un beachbreak urbain, poussif et parfois nauséabond) et surtout sur les reefs méditerranéens, souvent jolis mais encore plus souvent minis.
Très vite, on a vu que le minot était super vif, souple, et étonnamment « facile » tant en Longboard qu'en petite planche. Souriant et bien élevé, il est apprécié sur les spots et fait figure de mascotte surdouée, notamment sur le fameux pointbreak du Cap Saint Louis aux Lecques, qu'il affectionne particulièrement.
 
Antoine au Cap st Louis, 2000 A ce moment-là, Antoine vit et va au collège à Marseille, fait beaucoup de skate « au Park » (célèbre bowl phocéen) avec ses potes.
Son père, « JR », surfer « sur le tard », est un chirurgien spécialiste du foie et du pancréas reconnu et enseigne à la faculté de médecine de la Timone. Passionné, Il tâche de se libérer dès qu'il le peut et embarque sa progéniture (et les copains aussi) dans la Volvo break familiale à la recherche des vagues éphémères de la Grande Bleue...

A Marseille, « à l'époqueu », on se disait simplement que ces deux gosses étaient doués. On n'imaginait pas que deux petits marseillais puissent atteindre un tel niveau, une telle reconnaissance dans le monde du surf. Un marseillais champion de France (perso, j'y croyais)? Tu rigoles! Un marseillais présenté par L'ASP comme un des favoris du WLT ? Galéjade ! Et pourtant...
 
Antoine en couv' de Surf Session, mars 08 Quelques années plus tard, 2000 après JC

De façon peu conventionnelle (compte tenu de son « statut social »), Jean-Robert encourage Antoine à vivre sa passion à fond, quitte à ce qu'il s'éloigne du cocon familial, avec la bénédiction de la maman.

Son métier est certes très gratifiant (Antoine : « mon père sauve des vies, j'ai mis pas mal de temps à comprendre ce que ça implique comme responsabilités ») mais il rêve de quelque chose de plus fun pour ses gosses, à mille lieues des travers élitistes d'une certaine bourgeoisie marseillaise.
C'est ainsi qu'à 15 ans Antoine part vivre son année scolaire de 2nde à Biarritz, en section sport-études surf.... Edouard suivra le même chemin quelques années plus tard.

Le phénomène Marseillo-Basque est aujourd'hui présenté comme l'un des meilleurs longboarders européens voire mondiaux. Son style élégant et son surf complet en font l'un des surfers les plus appréciés des puristes du LB. Et le bougre fracasse tout autant en shortboard... Et si Antoine apprécie particulièrement la Côte des Basques, son homespot, il ne renie pas sa méditerranée natale, loin de là, très loin de là.
 
antoine, quelque part en Méditérranée, Noël 07
 
Antoine la classe Interview (réalisée fin 2007)

Zedron : Salut Antoine, ça te fait quel âge maintenant ?

Antoine : 22 ans.

Z : Dont combien d'années de Pays Basque ?

A : 7 ans. Je suis arrivé à 15 ans et je suis resté en sport-études jusqu'au bac à 19 ans. C'était vraiment top, une super expérience... J'ai eu deux entraîneurs géniaux, Michel Plateau, 3 ans, et Philippe Malvaux, la dernière année. Des personnes vraiment très compétentes et adorables... Même si t'en prenais plein la gueule quand tu surfais mal ! C'était une excellente formation, deux visions totalement différentes du surf mais deux approches hyper complémentaires. Et puis on apprend le respect au pôle France, le respect des autres pratiquants notamment. Ce n'est pas le cas partout, c'est une chance.
 
Z : Ils ont dû halluciner tes camarades de Btz quand t'as débarqué, non ?

A : C'est sûr qu'au début ils se sont posés pas mal de questions du genre « c'est qui ce mec, d'où il sort, quoi un marseillais ? » etc ... Aujourd'hui ce sont mes meilleurs potes : Thibaut Dussarat, Thomas Portet, Jérémy Massière, Geoffroy Henno (lui c'est un sketch ambulant) et Adrien Valéro.

Z : Parle-moi un peu de ton adaptation aux vagues basques...

A : Ca a pris un moment... Je me souviens de mes premières sessions à Lafit' à 2 mètres, je me faisais dessus, j'avais trop peur ! J'ai eu le droit à des sobriquets genre « Delpéro le chicken »... Maintenant c'est différent, j'aime surfer des vagues assez grosses comme la gauche de Lafit 'à 4 mètres.
 
antoine sait varier les figures en compète Z : Pas eu de souci avec les locaux ?

A : Il y a bien eu des gars qui voulaient me taper, quelques insultes du type : « retourne à la Côte des Basques », « le Longboard c'est un sport de vieux »... mais bon, des cons y'en a partout, non ?

Z : Tu « représentes » le Pays Basque maintenant, non ?

A : J'adore le pays basque, je n'aurais jamais eu le niveau et la vie que j'ai actuellement si j'étais resté à Marseille à faire du skate, mais je suis et reste marseillais ! C'est marrant de voir comment on met avant le fait que je vis au pays Basque quand les résultats sont là (rires). En tout cas je suis très content d'avoir réussi à prouver que les marseillais, c'est pas des blaireaux (rires) !
 
Z : Bien dit. Quels sont les résultats dont tu es le plus fier ?

A : Mon premier vrai titre c'était en 2004 à la Réunion, champion de France Espoir de Longboard... Ensuite en 2005 j'ai remporté le dernier Biarritz surf Festival, c'était un rêve que de gagner cette compétition prestigieuse, un de mes plus beaux résultats à ce jour.

Z : Le BTZ surf festival, c'était une espèce d'équivalent des championnats du monde de LB ?

A : On peut dire ça sauf qu'il n'y avait pas de véritable titre en jeu et que le prize money était, faute de sponsors suffisants, de 3.000 $ au lieu des 20.000 initialement prévus !
 
Antoine à Guéthary, avril 08
 
Z : Et des tickets restos aussi non ah ah ? Il n'ya pas trop de sous dans le LB apparemment... Ca fait parfois un peu pitié.

A : C'est sûr que si on compare au shortboard, c'est ridicule ! 100, 200 fois moins peut-être ?

Z : C'est partout pareil ?

A : Tu vas en Australie, c'est la même chose.

Z : C'est dû à quoi ce manque de moyens selon toi ?

A : On dit toujours que c'est la faute aux médias. C'est vrai mais ça part surtout du public. A cause de l'apparente facilité du LB, les gens se disent que c'est un sport de vieux, que c'est facile, que c'est un truc de débutants. Beaucoup pensent que ceux qui font de la compétition en LB le font car ils n'ont pas le niveau en shortboard (Antoine est l'antithèse de ce genre de discours vu qu'il est également reconnu comme un excellent shortboarder ndlr). Or, prend n'importe quel longboarder pro, mets-le sur une petite planche et tu verras qu'il fracassera tout. L'inverse n'est pas vrai, les pros du CT surfent pour la plupart comme des « quichons » sur un tronc. Quand il y a des compètes qui combinent grande et petite planche, ce sont la plupart du temps des longboarders qui gagnent ! Le longboard ce n'est pas un sous-produit, c'est à la fois gracieux et radical, ça tue !

Après, c'est aux marques de décider de l'argent qu'elles affecteront au LB. Je trouve que ça n'évolue pas vraiment dans le bon sens d'une façon générale... Même si Oxbow s'investit beaucoup dans cette discipline.
 
Antoine aux derniers WLT d'Anglet Z : Vu de l'extérieur, on a pourtant l'impression que l'image du LB progresse ?

A : Disons que ça essaie... Il y a encore pas mal de souci de lisibilité en matière de jugement, de ce que l'on attend des surfers. Des problèmes récurrents de dissociation entre le LB moderne et le LB plus classique. Par exemple, pendant la période où Rusty Keaulana était champion du monde on valorisait à fond le newschool : les gars faisaient des el Rollo ( !), des trucs de taré en switch... Puis est arrivée la période « Tudor » et là, on est revenu aux bases du LB traditionnel avec tout le travail de planche etc. C'est bien joli tout ça mais on reste dans les extrêmes, extrême newschool ou extrême oldschool !

Z : Mais aujourd'hui, on n'a pas trouvé un équilibre entre ces deux pratiques ?

A : Pas vraiment. Si tu regardes les critères ASP, ce sont les mêmes que ceux du shortboard : la rapidité, le flow, les manœuvres dans la partie critiques de la vague... Le LB newschool est à mon sens trop valorisé par l'ASP. Tu te retrouves à voir des « gros colosses » qui bougent leur LB comme des petites planches, qui mettent 3 gros rolls à midi et qui prennent des 9 en compète alors qu'ils ne savent pas faire des pas croisés sur leur planche... Chacun sa vision du Longboard !
 
Z : Toi tu te situes où, plus classique ?

A : Entre les deux !

Z : Le fait d'émigrer en Atlantique a-t-il changé radicalement ton surf ? Penses-tu qu'il existe une
glisse propre aux méditerranéens ?


A : Mon surf a évolué tout court, je ne pense pas vraiment qu'il existe un style pour surfer la Méd et un autre pour l'Atlantique...

Z : je te dis ça car j'ai remarqué que les bons surfers méditerranéens se caractérisent par un sens de la glisse très développé, sans doute dû à la mollesse des vagues qui oblige à exploiter plus finement leur énergie. Vince Chasselon en est un très bon exemple...

A : C'est vrai qu'un de mes atouts a toujours été d'avoir une bonne glisse, et ça vient peut-être des vagues de reef de méditerranée. Mais dans mon cas personnel, je pense que l'évolution de mon surf vient surtout du coaching et aussi de la préparation physique intensive dont j'ai pu bénéficier pendant mes années de sport-études surf ... C'est grâce à ça que les mecs d'ici sont plus puissants et tapent leurs rolls à midi, quitte parfois à oublier de glisser et de ressentir des trucs sur leur planche... Je pense qu'avant de se mettre à taper, il faut de bonnes bases de glisse.
 
le minot au Prado, 1998 Z : Revenons à ton palmarès. Tu ne m'as pas parlé du WLT des Cavaliers (l'année dernière) où tu as terminé 5ème... Le résultat est super dans l'absolu mais j'ai cru comprendre que tu n'étais pas satisfait, qu'est-ce qui s'est passé ?

A : C'était une compète super importante pour moi. Tout d'abord car mon sponsor principal, Oxbow, en était l'organisateur, et il y avait de ce fait une grosse pression autour de moi. C'était « Antoine Delpéro, le local de l'épreuve » et tout ça. J'ai fait plein d'Interviews avant le contest, c'était un truc de dingue. Du coup, je ressentais pas mal de pression !
La compétition a mal démarré pour moi, j'ai perdu au 1er tour et dû passer par les repêchages. Après c'est allé, j'ai réussi à gérer le stress... sauf pour ma dernière série en quart contre Phil Rajzman (le vainqueur ndlr). J'ai commis l'erreur tactique fatale : à 45 secondes de la fin de la série j'étais en tête, il avait besoin d'un 4.80, je n'avais plus qu'à le contrôler et c'était joué. Je suis remonté au pic trop près de lui, il m'a fait démarrer sur une vague moyenne, j'ai perdu la priorité, une bonne vague est arrivée, il l'a prise et j'ai perdu.
 
Z : Qu'aurait-il fallu faire à ce moment-là ?

A : Me mettre au moins 5 ou 6 mètres en dessous de lui et le bloquer (le laisser partir sur une vague à faible potentiel ou faire jouer sa priorité si la vague est bonne ndlr). C'était ma première série en man on man, j'avais pas l'habitude et j'ai fait une énorme erreur stratégique ; ensuite, sur la plage, j'étais vraiment vert... Un des pires moments de ma « carrière » !

Z : A propos de pression, dans un autre registre j'ai vu un mag de surf qui titrait en couverture « Antoine Delpéro sera champion du monde ». Ca te fait quoi, flatté ?

A : Ah ouais c'était dans Surf Session Longboard. Je n'ai pas trop apprécié ce titre, ils se sont « un peu » enflammés sur le coup : c'est carrément exagéré !
 
Toujours cette session à Guéthary...
 
Z : Tu es connu surtout grâce au LB, mais tu as toujours fait beaucoup de petite planche. Comment combines-tu ces deux disciplines et comment interagissent-elles ?

A : En fait j'ai fait plus de petite planche que de LB dans ma vie. D'ailleurs en sport-études on ne faisait que du shortboard ! Et ça m'a sacrément aidé dans mon surf en LB, pour les manœuvres... après les noseridings, j'en ai toujours fait... Je dirais donc que si mon surf en Lb est complet c'est parce que je pratique les deux disciplines. De la même façon, le fait de faire beaucoup de LB m'aide en petite planche : quand tu arrives à bouger ton tronc, après ta petite planche tu la mets où tu veux !

Z : Ce n'est pas difficile de passer d'un engin à l'autre ?

A : ll y a un petit temps d'adaptation, en général je n'enchaîne pas une session en LB et une session en shortboard d'affilée, c'est plutôt un jour l'un, un jour l'autre... En plus je me suis mis au stand up paddle maintenant. Le sup, c'est trop bon, on a un super appui avec la pagaie, on peut prendre vraiment de l'angle de face comme de dos... et se balader de spots en spots.
 
Antoine, WLT Anglet 07 Z : Tu ne trouves pas que la cohabitation au line up avec les SUP peut se révéler problématique ?

A : Faut effectivement faire super gaffe aux autres pratiquants. Comme ça peut être « relou » pour les autres, j'essaie d'en faire sur un pic isolé.

Z : OK... Quels sont tes projets d'avenir : surfer pro ou autre chose ?

A : Ca dépend de ce que t'appelle pro... En LB pas grand monde en vit correctement. Oxbow me verse un petit salaire fixe, mais c'est pas toujours évident. J'ai très envie de devenir entraîneur plus tard, au niveau national ce serait le top ! J'ai mon brevet d'état 1er degré. Faut que je passe le BE2 à terme... (Antoine, qui participe déjà à l'entraînement des jeunes pousses du BASC, vient de le décrocher il y a une quinzaine de jours : félicitations ! ndlr)

Z : Tu peux faire jouer des équivalences avec ton parcours sportif ?

A : Au Be1 je n'avais pas de pratique à passer, j'avais déjà une note de 18, c'est cool car ça fait pas mal de point d'avance ! Et puis grâce au statut de sportif de haut niveau on peut faire le professorat en 3 ans et sans concours d'entrée...
 
Z : Si on parlait un peu voyage pour finir... T'as trippé ces derniers temps ?

A : En 2006 je n'ai pas fait trop de compète pour voyager justement... J'ai passé 3 mois en Australie et à Bali... Je suis parti tout seul mais sur chaque destination je rejoignais des copains, c'était parfait. Aussi, plutôt que d'aller aux championnats du monde au Costa Rica, je suis parti en Trip à Madagascar. Un beau voyage, mais surtout un trip qui fait grandir : la réalité du tiers-monde, tu la vois bien comme il faut là-bas. Sinon je pars à Hawaii fin décembre (l'itw a été réalisée fin novembre 2007) chez Laird Hamilton tous frais payés par Oxbow... Ce sera plus un trip shooting et aussi l'occasion de participer à une Réunion de l'ASP sur les critères de jugement en longboard.

Z : Merci Antoine, ne change rien et fracasse les prochains WLT « comme il faut » !

Antoine en bref :

Né le 15 novembre 1985 à Marseille, un petit frère, Edouard (qui vient de terminer 5ème au Pro Jr de Péniche au Portugal) et une sœur Caroline

Homespots : Le Cap St Louis, La Côte des Basques, Lafit...

Palmarès (non exhaustif) : Vainqueur du Biarritz Surf festival de 2005,
5ème mondial aux derniers WLT d'Anglet (2007),
Champion de France espoir LB en 2004, vice-champion de France LB open 2007,
3ème Coupe d'Europe LB...

Shortboard : 4ème Maïder Arostéguy 2007...

Signe particulier : a découvert internet en 2007 !
 
Un grand merci à Jean-Robert pour sa gentillesse et son aide précieuse, ainsi qu'à Yves S. de photodesurf.com pour ses superbes clichés d'Antoine à Guéthary

ITW réalisée par Zedron, photos: E. Daron, JR Delpéro, ASP, et Yves "Poun" S.
 

Liens associés : photodesurf.com




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